Dimanche 25 avril 2010 7 25 /04 /Avr /2010 18:11

Le 02 mars UC (Universal Century.) 0087, sur Green Noa 1, deux événements sans connexion apparente vont se rejoindre : tandis que le jeune civil Kamille BIDAN se fait corriger par des membres du corps des Titans en conséquence de sa réponse musclée à la provocation de l'un d'eux nommé Jerid MESSA ; le lieutenant Quattro BAJEENA, de l'AEUG (Anti-Earth Union Group.), quitte le vaisseau Argama avec son équipe dans le but d'infiltrer la colonie à la recherche d'informations sur de nouveaux engins de combats développés par la Fédération Terrienne. A la faveur des circonstances, ce qui n'était initialement qu'une opération de reconnaissance déviera de son objectif initial et se soldera par le rapt de trois engins dont un Gundam Mark II, non sans l'aide indirecte de Kamille qui, bon gré mal gré, se joindra aux rebelles.

 

MS Z Gundam (Prononcez Mobile Suit Zêta Gundam.) est la suite de MS Gundam sans vraiment l'être. Le propos est volontairement alambiqué afin de clarifier et rebondir sur un point important. Les deux séries se suivent chronologiquement parlant mais MS Z Gundam n'a pas vocation à adopter la logique du "on prend les mêmes et on recommence". Comprenez que si les héros de MS Gundam figurent au générique, leur présence sert davantage à asseoir la continuité historique qu'à peser sur la trame scénaristique. A la lumière des actes passés, l'anime gagne en profondeur et va en tirer profit pour se hisser un cran au-dessus de son illustre prédécesseur.

 

A lire le synopsis qui ouvre le billet, difficile de s'imaginer que l'on se trouve devant l'une de ces oeuvres à même d'asséner un réel choc au spectateur. Un adolescent effronté, des méchants détestables et des insurgés audacieux, tout ceci est convenu. Ce qui l'est moins, c'est la vitesse à laquelle la machine va s'emballer. En l'espace de cinq épisodes, l'équipage de l'Argama va être mis à rude épreuve. Face aux assauts répétés des Titans et à leurs méthodes machiavéliques, le physique et le mental vont être énormément éprouvés. Autant vous signifier d'emblée que cette entrée en matière musclée n'est que le commencement et que les choses ne vont pas aller en s'arrangeant. Pour reprendre une citation célèbre, il y aura "du sang, du labeur et des larmes". De nombreuses personnes perdront la vie, le conflit deviendra chaque jour plus pesant et des tragédies auront lieu. Sombre est l'adjectif qui qualifie le mieux cette série, laquelle nous offrira peu d'occasions de sourire. Avec MS Z Gundam, Yoshiyuki TOMINO sublime ce qu'il avait initié avec MS Gundam à l'aide d'une alchimie diablement efficace alliant un scénario solide comme un roc et des personnages remarquablement humains.

 

Sans se lancer dans un comparatif exhaustif, il faut noter que des sujets que l'anime originel n'abordait qu'en filligrane prennent de l'importance. Il en va ainsi des Newtypes, ces êtres humains aux capacités accrues en raison de leur adaptation à la vie dans l'espace, qui amènent à réfléchir sur l'évolution de l'espèce humaine, sur le regard des autres et la place d'êtres dits "différents" au coeur de la société. Par extension, l'histoire devient plus complexe, ne serait-ce que par le changement de position de la Fédération qui avait le beau rôle en UC0079 et qui se comporte de façon autoritaire en UC0087. Indépendamment des thématiques abordées, on passe de deux bélligérants durant la Guerre d'Un An à trois. A l'inverse d'un face à face, un rapport de force triangulaire altère la lisibilité des affrontements et conduit à une bataille d'influence. Des alliances fragiles se nouent, alliances qui relèvent du jeu de dupe tant la défense de ses propres intérêts domine. Il faut se prémunir autant que faire se peut contre des retournements de veste inopportuns, en somme assurer ses arrières. A ces tensions externes s'ajoutent des tiraillements internes que chaque camp doit gérer. L'AEUG par exemple compose entre le tempérament de ses troupes et les exigences de ses soutiens politiques et financiers comme Anaheim Electronics. Il ressort de ces pressions extérieures et intérieures un climat instable dont l'intrigue retire énormément de matière. En effet, en jouant sur ces deux tableaux, la série nous fait ressentir la guerre comme une spirale sans fin, un tourbillon exerçant une telle force qu'elle entraîne inexorablement les parties toujours plus profondément dans la lutte.

 

Les personnages sont prisonniers de ce mouvement, ils subissent les foudres du destin, se débattant pour s'extirper de la fatalité, cherchant à peser sur le cours des choses à défaut de pouvoir l'infléchir. En tout cas, nous avons à faire à de très bons protagonistes. Animés de bonnes ou de mauvaises intentions, premiers ou seconds rôles (Quoique la frontière est poreuse.), chacun crève l'écran. En outre, faire se battre côte à côte anciennes et nouvelles têtes sans que les vétérans soient nécessairement au premier plan est une excellente idée. Reste que dans le contexte infernal de MS Z Gundam, les relations sont tendues : des amours impossibles aux amitiés brisées en passant par les trahisons, les rapports humains sont ténus. Tout au long des cinquante épisodes, aucun acteur n'est épargné. Les coups du sort frappent inlassablement, implacablement jusqu'au dénouement final. Au fond, tous, sans exception, sont des victimes. Ils ont beau faire montre d'un tempérament guerrier, celui n'est en définitive qu'un moyen d'exprimer la rage qui les consume. En risquant leur vie aux commandes d'armures mobiles, ils cherchent désespérement un échappatoire, aussi funeste soit-il.

 

L'anime date de 1985 et son vieillisement est relatif. Certains trouveront que ça pique énormément les yeux, d'autres se montreront plus tolérants. A son crédit, on peut lui accorder que l'ennui n'a pas voix au chapitre lors du visionnage. Si le tempérament de Kamille est agaçant pendant environ quinze épisodes au risque de nous empêcher d'accrocher à la série, on est scotché en permanence. Le format ainsi que le rythme sont maîtrisés et la mise en scène est efficace notamment lors des affrontements de robots qui sont majoritairement des échanges de tirs (Petit regret de n'avoir que de faibles duels au sabre laser.). La musique est une franche réussite, parvenant à appuyer subtilement les scènes et osant parfois des décalages amusants avec ce qu'il se passe à l'écran (Exemple : une mélodie guillerette lors d'un combat.). Les génériques, instrumentaux, peuvent paraître faiblards car plus dans l'air du temps. Néanmoins, rien que pour le montage des thèmes d'ouverture, ça vaut le coup de les laisser tourner.

 

Le mot de la fin sera que MS Z Gundam vous marquera à vie. La preuve, cette critique a mis énormément de temps à être écrite tellement cette série est renversante et appelle un traitement à la hauteur de sa grandeur.

Par Kaïl - Publié dans : Mangas & animes
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